Le Réalisateur

Richard Lavoie fasciné dès son plus jeune âge par la magie des images animées de son père Herménégilde Lavoie, eut la chance d’être initié au 7eArt par ce pionnier du cinéma québécois (1908-73). Il apprend avidement tous les rouages du métier et déjà à l’adolescence se voit confier la supervision des tirages couleurs dans les laboratoires new-yorkais. Il y fait même le mixage, déjà expert à Québec du petit studio de montage sonore familial. Le jeune passionné en brasse large  : études classiques, spéléologie, ski, vol à voile, chant choral, cor français au Conservatoire de musique de Québec, fréquentation assidue des bibliothèques et cinéclubs… 1957, un premier voyage à l’étranger, en mission pour son père à Cuba alors en pleine révolution, sera déterminant.

Quelques réalisations personnelles suivent dont Rencontres dans l’Invisible. Puis Richard Lavoie sent le besoin de se démarquer de son père et entreprend à 20 ans des voyages à l’étranger. Caméra en bandoulière, il roule sa bosse  : Haïti,  Europe de l’Est, URSS, France, Angleterre… Il dévore plein de films, côtoie des artistes du cinéma et fait même quelques tournages en direct dont un mémorable en Russie et Ukraine :  les douaniers saisissent ses bobines à la frontière russo-polonaise… son film sur la condition des femmes dans l’ex URSS ne verra jamais le jour. Revenu à la maison, il travaille de nouveau quelque temps pour son père, se marie puis repart 10 mois à l’étranger avec sa compagne, Danielle Roux, sculpteur (1940-81).

En 1962-63, Herménégilde Lavoie quitte le cinéma et retourne à la fonction publique. Fiston prend la relève avec frères et sœur dans une ancienne église de Limoilou à Québec. Les réalisations s’enchaînent  : un film sur la carrière de géologue Dialogue avec la Terre lui permet de côtoyer l’ancien journaliste René Lévesque devenu ministre et qui prit cette production sous son aile. La confiance de son mentor conforta le jeune cinéaste dans son métier et lui permit de réaliser d’autres projets pour le ministère des Richesses Naturelles :  Le Prix de l’Eau, Champs d’Action, La Maternelle Esquimaude de Fort-Chimo et Le Poste-de-La-Baleine, ces deux derniers films en langue Inuktitut, une première au Québec. En 1974,  Richard Lavoie réalise le film officiel sur la Superfrancofête pour l’Office du Film du Québec. L’année suivante il voit  son long métrage amputé d’une heure sans son consentement ! Le réalisateur poursuit l’État, gagne son procès mais se retrouve sur une liste noire… finies pour lui les commandes de l’État ! Cette mésaventure lui fera changer de cap, il se consacrera dorénavant à une œuvre de création plus personnelle.

À Tewkesbury, sur les rives de la Jacques-Cartier dans les Laurentides, Richard Lavoie acquiert une ancienne école qu’il transforme en atelier et un terrain où il construit et retape quelques maisons pendant que ses trois premiers marmots grandissent. Son studio élargit sa gamme de services : montage, animation, mixage, post-synchro, etc. Des réalisateurs et artisans du milieu et même de l’étranger viennent y travailler y loger ou terminer leurs films. Puis la vallée de la Jacques-Cartier voit naître des films de fiction auxquels participent les enfants Lavoie ! Quatre des cinq attraperont (3e génération) le «virus» familial, épousant les métiers du père et du grand-père, une première au Canada. Pendant plus de 15 ans, le petit centre de cinéma indépendant de Tewkesbury fut un véritable phare pour bien des gens du milieu. Loin des grands centres, Richard Lavoie y inventait à sa manière  ce qui allait devenir le cinéma direct.  À cette époque, entre deux films, le réalisateur participa même activement à la fondation des associations de réalisateurs et producteurs de films du Québec.

En 1981, enfants, caméras, équipements de son, tables de montage, déménagent en ville. Les ateliers se réorganisent à Beauport puis dans le vieux Québec.  Ce fut une période de films de bateaux, de voiles et de mer. Mais Richard Lavoie qui subit le fait que beaucoup d’artistes et artisans comédiens et techniciens quittent Québec, finit lui aussi par transporter ses pénates à Montréal. Il y réalisera d’abord deux légendes du Monde, à Chypre et au Mali, pour Vialemonde. Puis une autre ère s’ouvrira pour le réalisateur à l’insatiable curiosité. Cette fois dans la région de Lanaudière au milieu du monde agricole où naîtra, entre autres, son documentaire Rang 5 reconnu comme une de ses œuvres marquantes. (1996) Prix du meilleur long-métrage québécois par l’Association des critiques de cinéma du Québec.

Tout au long de sa carrière, les films de Richard Lavoie,  presque tous produits, réalisés, tournés et montés par lui-même, ont été honorés par divers festivals nationaux et internationaux. En 1986 l’Alliance de la Vidéo et du Cinéma Indépendant du Canada l’honorait pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution exceptionnelle à la cinématographie québécoise.  Elle déclarait à cette occasion  : « Richard Lavoie utilise ce pouvoir du cinéma d’allier fiction et information pour en faire un outil dynamique et stimulant de connaissance, le regard du documentaire s’enrichissant de couleurs nouvelles, celles de la fantaisie, de l’humour et de la curiosité. »  En 1996 ce fut le prix des Arts Maximilien-Boucher de la Société  Nationale des Québécois de Lanaudière qui voulut mettre en valeur « la qualité et l’originalité de son œuvre, l’étendue de sa renommée et son rayonnement dans la société culturelle. » En 1998, le prix du Conseil à la création artistique en région : « Pour ses réalisations qui ont contribué à enrichir notre patrimoine culturel »  et en 2009, le Conseil des Arts et des Lettres du Québec lui décerne sa prestigieuse bourse de carrière qui souligne  :

«  … sa longue démarche artistique marquée par l’innovation et sa contribution importante à la vitalité de la culture québécoise.  »

2008, retour au bercail, à Québec.  Richard Lavoie parcourt les rives du St-Laurent et du Golfe et complète son dernier long métrage documentaire Quais-Blues  : trois ans de recherche et de réalisation. Puis se pointe, en 2012, après quelques tournages préliminaires, un projet à connotation historique sur nos mères venues de France, les Filles du Roy.  La recherche est en cours…

www.richardlavoie.qc.ca